Bartabas, roman – Jérôme Garcin bien trop à cheval!

25062008

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« Comme tous les chevaux, qui sont capables de prouesse incroyables mais ont hérité de l’instinct de fuite, Bartabas est un nerveux doublé d’un craintif. »

Le livre débute bien, sur une description au physique puis au moral de Bartabas le furieux, une description plutôt chevaline ou du moins zoomorphe. Une descritpion taquine et émouvante, qui aurait pu garder ces caractères si le livre avait été autre chose… qu’une succession de tableaux qui décrivent des hommes qui ressemblent à des chevaux. Ah ces fameux lusitaniens, frisons ou que sais-je encore… Jérôme garcin n’aime pas l’anthropomorphisme eh bien il commet le zoomorphisme… à outrance! De fait, vous comprendrez que si la biographie à laquelle s’essaie « l’écrivain » - puisque dans son livre c’est ainsi qu’il se revendique – commence bien, elle finit par m’agacer.

Je m’explique. Bien que Bartabas semble un homme passionnant et passionné, cette biographie parait bien tenter de nous en éloigner. Ce « nous », je pensais au début qu’il regroupait les ignorants de l’art équestre: je me disais que le vocabulaire technique de Garcin nous excluait nous mais pas les autres. Reste que même ces autres ne devaient déjà plus être très nombreux. Ce « nous », au fur et à mesure  que le discours de Jérôme Garcin m’apparaissait comme celui d’une caste ou de castes, est devenu le lecteur en général. Car les castes auxquelles appartient Jérôme Garcin sont nombreuses: les gens de lettre et de culture – et il se gargarise d’en être -, les gens du cheval – avec ce vocabulaire terrible dont je n’ai vraiment pas réussi à m’affranchir -, et finalement les gens bien. Ainsi, il fait dans cet exercice d’écriture tout le contraire de ce que fait Bartabas: ce qui anime Bartabas c’est sa passion des chevaux certes; mais lui ouvre cette passion sur le monde en contribuant à rendre l’art équestre plus populaire, plus accessible – d’ailleurs je souligne, au risque de me faire des ennemis, l’intelligence de sa nomination à la tête des écuries de Versailles: « Un gitan à la tête des écuries de Versailles »c’est permettre à l’art équestre de se dévoiler aux yeux d’un public plus populaire et moins guindé.

Certes, il y a de superbes moments d’écriture dans cet ouvrage où l’on ressent l’amour de Jérôme Garcin pour les chevaux, l’admiration qu’il éprouve pour Bartabas et même l’envie… Mais les scènes que l’on devine si magnifiques – au moment de la descritpion des spectacles, de la description des chevaux - ne sont pas rendues de façon convaincante, peut-être parce que chacune des nouvelles description semble une redite de la précédente. Pour Bartabas, rien n’efface Zingaro. Pour le lecteur, fermé au langage des chevaux,  les longues peintures de tel ou tel équidé n’ont plus rien de singulier et s’efface Zingaro. Les histoires des personnages qui évoluent autour de Bartabas restent de la même façon incolores, inodores. Pourquoi Bartabas, roman si c’est pour livrer un documentaire froid et lassant?

Heureusement, l’écriture, technique mais également heurtée de Garcin – quand il s’évertue à des énumérations infinies et à des parallèlismes de construction qui deviennent lourds – ne dénature pas le personnage de Bartabas. J’ai eu envie d’aller le voir en spectacle. Son mystère, sa communication avec les chevaux appellent à le découvrir avec son talent légendaire et populaire.

 Quant au talent de Jérôme Garcin dans ce livre, je crois que je l’ai trouvé…:  c’est d’abord de parvenir à nous faire lire jusqu’au bout une histoire si mal rendue; mais c’est surtout de nous donner l’envie d’aller applaudir Bartabas, mais sans lui.

Claire.

PS: Cette critique n’enlève rien à la vérité de mon sentiment sur le précédent ouvrage de Garin que j’avais commenté, Les soeurs de Prague. Par contre, je lance un appel à des gens qui, aimant les chevaux, auront peut-être su apprécier autrement que moi ce livre de Garcin.




Des contes pour adultes avec Gabriel Garcia Marquez: Chronique d’une lecture annoncée.

23062008

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C’est par un chemin détourné que je veux vous emmener à l’assaut de Cent ans de solitude, le chef d’œuvre de Gabriel Garcia Marquez… Je choisis juste d’évoquer deux ouvrages de ce prix Nobel de littérature colombien pour vous mettre en appétit…

Je commence par le plus court, en l’occurrence Chronique d’une mort annoncée. Nous sommes dans un village qui flaire bon l’Amérique du Sud, un village coloré, un village où court la rumeur d’un assassinat. Tout le monde dans ce petit théâtre sait qu’un meurtre couve et pourtant le principal intéressé est bien tué sans que personne n’intervienne… pourquoi ? La victime était-elle mal-aimée? la rumeur n’était-elle pas crédible? Ce sont là les questions auxquelles cherche à répondre le roman, entretenant le suspense. On revient sur les lieux du crime avec des personnages haut en couleur que l’auteur parvient à nous faire entendre. Le réalisme est là et pourtant le burlesque pointe son nez. A vous d’aller y mettre le vôtre !

***

Je poursuivrais cette mise en bouche par le dernier opus que j’ai eu l’occasion de lire de Gabriel Garcia Marquez – avant de me lancer, d’emblée séduite, dans Cent ans de solitude.  Il s’agit de Mémoires de mes putains tristes (Grasset, mai 2005). Un homme de quatre-vingt dix ans qui ne s’est jamais attaché à quiconque, qui surveille les effets de l’âge sur son corps se dit que son anniversaire est l’occasion de s’offrir une nuit d’amour avec une adolescente vierge… Il revient alors sur les lieux de sa débauche passée, prend contact avec une tôlière qui lui trouve celle qu’il appellera Delgadina. Cette jeune femme, cet enfant ne comblera pas le vieillard pervers que nous présente Gabriel Garcia Marquez comme nous aurions pu l’attendre: c’est une relation toute platonique qui naît entre la jeune femme endormie et un homme vieilli qui devient humain alors qu’il est au crépuscule de sa vie…

« Avant de regagner la chambre, je me suis penché sur le miroir au-dessus du lavabo. Le cheval qui me regardait de l’autre côté n’était pas mort mais lugubre, avec un menton à étages, des paupières bouffies et sur le caillou quelques poils qui avaient été autrefois une crinière de musicien. 

- Merde, lui ai-je-dit, qu’est-ce que je vais faire si tu ne m’aimes pas? ».

(In Mémoires de mes putains tristes)

Le titre est provocant, le sujet et les couleurs aussi : les lieux sur lesquels nous emmène Gabriel Garcia Marquez ne respirent pas la sainteté. Mais le récit de cette vie qui se révèle à sa toute fin est magnifique. On retrouve dans cet ouvrage le talent d’un auteur qui fait exister un décor et des personnages que l’on continue d’entendre, de sentir – je pense à la chaleur, aux tissus aussi dont sont vêtus les personnages – une fois le livre refermé. Vous le comprendrez, c’est bien encore une lecture que je vous recommande, peut-être avant que vous n’entamiez Cent ans de solitude ?

Claire.




Marc Lambron, au second temps de la valse…

22062008

Claire vous avait prévenus : moi, son Bel ami, je ne lis pas toujours la même chose qu’elle. J’ai par exemple un gros, gros, gros faible pour les ouvrages politiques.

Cette première contribution en est la preuve. Mais allons de suite à l’essentiel.

Sous la plume de Lambron, la langue française ne cesse de faire valser le monde politique. Après Mignonne, allons voir… consacrée à la dissection du personnage de Ségolène Royal, son nouvel opus, intitulé Eh bien, dansez maintenant… (Grasset, mai 2008), déconstruit la figure de Nicolas Sarkozy. Mais la déconstruit « à la loupe », précise-t-il, et non « à la kalachnikov ». De même qu’avec Ségolène Royal, il ne partait pas « en safari », mais s’armait d’un « filet à papillon ».

Le projet global de Lambron est clairement identifié : « Si les romanciers ont encore une mission, c’est probablement de faire vivre la langue contre les lieux communs des politiques ».

Plus précisément, l’enjeu de son dernier livre est le suivant : « Chez Sarkozy m’intriguait finalement la psyché d’un homme qui, ayant travaillé pendant des décennies à son avènement, quasiment sans une faute de carre, soldait en quelques mois nombre d’acquêts de son combat pour se retrouver au pied de la montagne, sans même que l’opposition y ait beaucoup encouru. Cela s’était déroulé sur une année. La fourmi avait mué en cigale, jusqu’à se brûler les ailes. On pouvait essayer de le raconter. » 

Si j’ai préféré le premier volume au second, le lecteur trouvera tout de même dans ce dernier tout ce qui m’a fait aimer cet auteur, qui est certainement un des essayistes politiques les plus talentueux et originaux de son temps.

Sa plume est unique, à la fois classique et moderne, parlée et chantée, légère et profonde, drôle et sérieuse. Une plume au service d’une culture totale et décomplexée, allant d’Aristote, le philosophe, à Keira Knightley, l’héroïne de Pirates des Caraïbes.  

Les livres de Lambron sont un délice culturel : ils regorgent d’intuitions qui sonnent juste. Chez lui, comparaison est souvent raison. Pour preuve cette démonstration que le candidat Sarkozy, déguisé en Thierry la Fronde, a gagné les élections de 2007 en sachant incarner la France de 1967 ! Un des très bons passages de ce livre incontestablement.

Cependant, cet ouvrage entièrement consacré à Nicolas Sarkozy est moins déroutant et surprenant que celui faisant l’étude du cas Royal. Peut-être me suis-je davantage habitué à cette écriture jouissive ? C’est fort probable. Mais je trouve que la danse que nous propose Lambron dans ce dernier ouvrage est parfois anarchique et revient souvent longuement sur les « déjà dits » de la période people et bling-bling du Président Sarkozy. La manière de le redire est splendide, certes, mais j’attendais de ces passages plus d’originalité.

Il n’empêche que ce fut là une lecture agréable que je recommande. Mais si vous deviez choisir entre Mignonne, allons voir… et Eh bien, dansez maintenant…, je vous proposerai d’aller plutôt du côté de chez Ronsard…

Bel ami.




Les soeurs de Prague – Jérôme Garcin: une plume romanesque lève le masque sur les évolutions du Livre.

19062008

Jérôme Garcin est un homme que j’ai écouté et que j’écoute mais aussi depuis hier, un homme que je lis et que je lirai… 

 A l’occasion de la venue de Bartabas à Sciences Po Bordeaux l’an dernier – dans le cadre des « rencontres Sciences Po-Sud Ouest« , j’avais découvert Jérôme Garcin par la médiation d’une passion commune qui les anime: les chevaux. Jérôme Garcin avait d’aillleurs consacré un ouvrage au cavalier en 2004 Bartabas, roman, ouvrage qui faisait partie de la bibliographie de la rencontre. 

Étant peu concernée de mon côté par des animaux que je n’ai jamais eu l’occasion de fréquenter, au milieu de proches qui sont parfois animés d’une passion à leur égard ou au contraire d’une certaine appréhension – je pense là à mon grand-père -, je n’ai pas choisi un ouvrage de Jérôme Garcin fondé sur sa relation avec les chevaux mais son dernier ouvrage paru en janvier 2007 aux éditions Gallimard Les soeurs de Prague. 

Ce roman se construit autour de la vie d’un écrivain qui a connu un succès éphémère et qui semble épuiser ce succès en continuant à « produire » des livres aussi fades que lui-même l’est devenu. Cet auteur évolue dans un univers familier avec un éditeur-ami, une femme qu’il trompe et des activités qui ressemblent à celles que j’imagine à l’auteur: en l’occurrence le narrateur est un amoureux des chevaux – si néanmoins on peut dire qu’il aime quoi que ce soit, tellement il se caractérise par son egocentrisme – et un adepte contraint – ce qui ne doit pas être le cas de Jérôme Garcin quand on constate avec quelle envie il anime ses émissions du Masque et la plume (sur France inter) consacrées au cinéma – de séances cinématographiques dans le cadre d’un travail alimentaire de chroniqueur… 

 Soudain la vie de notre narrateur se transforme avec la rencontre de Klara Gottwald, agent littéraire et artistique « dont l’agence a connu à Paris, au début des années 2000, une ascension et une chute retentissantes » (quatrième de couverture). 

Le narrateur se charge de raconter par le début sa rencontre avec cette femme mystérieuse et célèbre, au succès endiablant, qui fuit son passé pour mieux réussir dans le présent et qui entraîne sa soeur, tout juste arrivée de Prague, dans l’aventure. La réussite est au rendez-vous pour « les deux soeurs de Prague »; cependant des éléments troubles se produisent et le narrateur en rend compte en sa qualité moins d’ami ou d’auteur que de témoin. 

 Que dire de plus sans rien dévoiler du mystère de ces deux femmes, de la fin de ce narrateur qui, au fil du texte, devient un ami, au fur et à mesure qu’il se dépouille de ses atours d’écrivain? Encore une fois, ce petit article est une invitation à la lecture: Jérôme Garcin est plus qu’un brillant journaliste et pour ma part je souhaite continuer de le découvrir plus avant avec des ouvrages autobiographiques, peut-être La chute de cheval qui a reçu un prix et a éveillé l’attention de la critique à la fin des années 2000. 

  

Claire.    

Aparté: Ce livre est l’occasion d’un discours sur l’Édition et sur les évolutions qui touchent ce monde en France actuellement, sur le modèle de ce qui se passe aux États-unis par exemple. En effet, jusqu’à présent la relation auteur/éditeur restait très singulière et était réellement sauvegardée. Cependant, sur le modèle de ce qui se passe pour le cinéma, les auteurs sont désormais de plus en plus sollicités par des agences qui gèrent leurs intérêts financiers. La relation auteur/éditeur perd du sens, certains diront au profit des auteurs, et est dénaturée par l’intrusion de critères purement commerciaux. Sans doute mon Bel Ami vous fera-t-il bientôt part d’un travail qu’il avait livré sur les grands éditeurs, un travail qui évoquait cette évolution des relations dans le monde du Livre, aux dépens du Livre – peut-être?  




A la recherche du bonheur avec JMG Le Clézio.

18062008

Faites-vous partie des élèves des classes préparatoires scientifiques qui, voilà trois ans, avaient hérité de l’étude de trois ouvrages – La vie heureuse et la brièveté de la vie de Sénèque, Oncle Vania de Tchékhov et Le chercheur d’or de le Clézio – avec le thème de « la recherche du bonheur »? 

 Je n’ai pas eu l’honneur d’étudier ces oeuvres dans le cadre de telles études mais certains amis y ont été confrontés et leur discours m’avait alors invitée à lire Le chercheur d’or. Cette oeuvre était celle des trois qui m’attirait le plus : elle était un roman, un roman contemporain, un roman de Le Clézio que j’avais découvert plus tôt avec son chef d’oeuvre Désert et son ouvrage-album Gens de Nuage. 

Cette préférence pour le Clézio n’a pas été déçue car elle m’a permis de découvrir à nouveau un univers plein d’exotisme, de rêve, d’espoir dans un ouvrage doté d’une certaine portée philosophique… 

Si dans Désert, il part de l’Afrique de Lalla et des hommes bleus pour la « métropole », s’il part à la découverte de paysages magnifiques, d’hommes magnifiques avec le style d’un conteur, il gagne d’autres cieux avec Le Chercheur d’or qu’il situe sur la terre de sa propre enfance, à Maurice. Là-bas Alexis, qui a vécu une enfance heureuse jusqu’à la ruine de son père, un père qui vivait de rêves et d’illusions, est confronté à la réalité quand il doit entretenir sa famille, Mam et Laure, sa soeur. Mais très vite, il prend la mer et très vite, reprend, dans une baie perdue, les rêves de son père: il se lance à la recherche du trésor… De sa quête, il ne résulte aucune découverte sinon celle d’une femme Ouma. Mais sa quête éperdue du trésor, l’éloigne de tout rapport normal à la réalité. Ouma et le temps lui échappent… Il choisit, au bout de quatre années de fouille de s’engager dans la première guerre mondiale, une première guerre mondiale dont il revient vivant, entretenant ce paradoxe avec le monde réel où beaucoup ont perdu la vie. Revenu outre-mer, il cherche toujours ce trésor. Rien ne parvient à le soustraire à cette quête irréaliste… Mam, Laure, Ouma, ces trois femmes lui montreront pourtant un autre chemin, celui du bonheur tout proche auquel il semble renoncer. Mais le bonheur tout simple est-il accessible ou même identifiable? N’existe-t-il pas en chacun de nous une insatisfaction permanente que rien ne peut combler? 

A nouveau, on retrouve chez JMG Le Clézio le talent du conteur dans un roman très plaisant. Cependant, des deux oeuvres que j’ai eu l’occasion de lire de cet auteur, je préfère encore Désert qui, dans mon souvenir, est magique, plein de cette terre d’Afrique effrayante et rassurante où errent des hommes bleus, où grandit l’héroïne Lalla. La beauté des habitants du désert envahit l’écriture de Le Clézio et affronte, lors de l’exil de Lalla dans le Marseille des années 1910, l’atmosphère de la métropole. Ce Désert est une sorte d’invitation au voyage, qui n’est qu’amplifiée par le jeu de Le Clézio qui alterne les scènes en Afrique et en France pour mieux mettre en avant une civilisation qui n’est pas encore dénaturée. Ce livre est un hommage à l’Afrique, à la liberté des populations du désert, à leur dignité, leur grandeur…Ce livre est aussi un retour sur des traces: celle de Jemia, la femme de le Clézio – nous pouvons les retrouver tous deux, à quatre mains dans l’ouvrage Gens de Nuage -, celle peut-être aussi de Le Clézio lui-même, dont le père a vécu en Afrique, subsaharienne cette fois. 

  

Claire. 







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