Lacrimosa par Régis Jauffret, Gallimard 2008 – Une correspondance à en pleurer.

26082008

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Lacrimosa… Jauffret…

J’ai la chair de poule!! Cette lecture est terrifiante de jeux de mots terriblement réalistes et caustiques… Les effets de style s’enchainent dans ce dialogue amoureux d’outre-tombe, ce dialogue émaillé de descriptions tellement justes et par-là même obscènes,  ce dialogue, enfin, qui semble se jouer comme une partition toujours un peu plus noire.

Cette histoire d’amour que nous livre Régis Jauffret sur le mode de la correspondance a tout du glauque et au lieu d’être vivante – comme toutes les histoires d’amour – elle est morte!!! Morte et affreusement belle.

 Claire.

***

  » Le chagrin n’est pas un feu, les larmes ne peuvent pas l’éteindre. Tu aurais pu me pleurer sans qu’elles coulent, il y a des gens qui ne transpirent pas au soleil. Tu aurais pu te taire, sous la torture certains ne parlent pas et c’est à peine si on les entend crier ».

 » Jouis, éjacule ta prose, profite de ma pendaison comme d’une aubaine. Recycle mon malheur, cruel écologiste… »




De la race en Amérique, par Barack Obama (2008).

25082008

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En ce premier jour de Convention démocrate à Denver, j’ai envie de vous parler d’un discours de Barack Obama publié chez Grasset. De la race en Amérique.

Dans une introduction très riche, François Clemenceau – qui a traduit le discours – revient sur le parcours du candidat Obama. La lecture de ce petit avant-propos m’a enlevé les remords que j’avais à ne pas avoir encore lu un livre sur ce personnage. A mon sens, cette présentation de quelques pages suffit largement pour qui n’a pas le temps de lire trois cent pages d’une biographie.

Côté discours, celui-ci s’inscrit dans un contexte bien particulier : la polémique qui a entouré le candidat à l’investiture démocrate du fait des propos tenus par son pasteur (noir) sur l’Amérique blanche. Désireuse de mettre un terme à la polémique qui commence à se ressentir dans l’opinion, l’équipe d’Obama a décidé ce discours, prononcé à Philadelphie – la ville symbole de la démocratie amércaine – le 18 mars 2008.  

Le texte est un beau texte. Un texte intelligent, réfléchi. « Sophistiqué », diraient ses adversaires du camp républicain.

Je ne sais pas si ce texte fera vraiment date. Toutefois, l’enjeu qu’il s’est donné peut être comparable au Qu’est-ce que la nation ? de Renan. Il se présente comme un appel au « vivre ensemble », un projet pour parfaire l’union du peuple américain. Le souhait de celui qui le prononce est de mettre fin à l’impasse raciale dans laquelle l’Amérique demeure enfermée depuis des années.

Le discours n’est pas un programme. Il ne livre aucune proposition précise. Mais l’essentiel est ailleurs : il dresse un bilan qui sonne particulièrement juste des relations entre les différentes communautés du pays. Il est en fait un véritable discours sur l’état de l’Union…

Jean-Baptiste. 




La fiancée juive, par Jean Rouaud – Inégal… Et le CD peu convaincant.

24082008

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La fiancée juive: un livre original de Jean Rouaud, celui qui avait connu un vif succès avec les Champs d’honneur dans les années 1990. Un livre original certes mais difficile et inégal.

En effet, le livre s’accompagne d’un CD de blues, chanté et composé par l’auteur. Faut-il en agrémenter la lecture? Cela ne me parait pas convaincant.

Au-delà de cet accompagnement musical dont je ne m’essaierai pas à déterminer la valeur, la lecture est ardue… Jean Rouaud se lance dans une expérience particulière en présentant des bribes de sa vie sous la forme de récits multiples qu’il est difficile de relier mais aussi difficile d’apprécier. Quelques uns sont agréables cependant comme celui sur les soeurs du calvaire qui l’ont précédé dans son expérience de vendeur de journaux, ou encore comme celui sur l’écriture du roman… Ce dernier est particulièrement touchant car Jean Rouaud aborde avec beaucoup d’humour la démarche de celui qui veut écrire avec le choix d’un genre, le choix d’une histoire, d’un lieu. C’est cet épisode du livre qui m’a la plus interpellée.

 Cependant, devant cette écriture décousue, et très complexe par moment, devant ce blues auquel, personnellement, je reste au premier abord insensible, La fiancée juive n’est pas un livre qui m’a convaincu… [lire le PS] Enfin, à vous de voir si cet écrivain breton vaut ici le détour, si ces textes vous séduisent et si celui de son blues vous séduit. Pour moi, tout cela reste trop empreint de lourdeurs. Et pourtant, dans mon souvenir, les Champs d’honneur était un beau « roman autobiographique ».

 Claire.

PS: Je dois quand même reconnaitre que le texte du blues est superbe… Mais il me conforte aussi dans mon opinion mitigée sur l’ouvrage puisque ce blues, cette déclaration d’amour est encore déroutante. Peut-être est-ce pour ce blues comme pour la somme des neuf récits: on y trouve chaque fois une (trop) forte dose d’autobiographie. Jean Rouaud livre des pièces de son autobiographie qu’il essaie et parvient parfois à rendre « régionales et drôles ».

Ce livre est décidemment plus inégal que je ne l’imaginais. Il me semble bon et en même temps… Toujours est-il que cet ouvrage illustre le fait que notre opinion sur un livre évolue dans les heures qui suivent la fin de la lecture: une fois les pages tournées, le livre continue en quelque sorte de vivre en nous.




Les coulisses du pouvoir, par Delitte et Richelle – Une très belle BD pour une histoire bien laide…

23082008

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Les coulisses du pouvoir, ici en l’occurrence le premier cycle d’une aventure politique ou plutôt politicienne bien noire avec quatre titres : Mort d’un ministre, Au service du parti, Cas de conscience et Vérités. Les titres sont révélateurs d’un récit qui décrit les turpitudes d’un monde politique peu fréquentable : la lutte du pouvoir est loin d’être toujours honnête et les milieux du journalisme, du crime et de la politique se rencontrent de façon effrayante.

Je dirai simplement qu’il s’agit d’une très belle BD à la fois par la qualité du livre (Haute Densité de Casterman), par le récit (une sombre histoire politique qui fait résonner des pratiques dont on sait qu’elles ont eu lieu en France, en particulier jusqu’au début des années 1990 par le biais des marchés publics…, une histoire rondement menée d’ailleurs), et enfin par son dessin.

Cette série commence bien : j’attends avec impatience de trouver la suite en librairie. Vous comprendrez donc que c’est encore une fois une lecture que je vous recommande. Pourtant j’émettrai une réserve : une bonne mémoire est indispensable, à moins de lire la série d’un seul trait… Car les personnages « mafieux » se croisent et sont nombreux, d’autant plus que le dessin rend la ressemblance entre les gens de cette espèce très importante. A croire qu’il existe un profil de l’escroc ! Intéressant…

Claire.




Matignon rive gauche, 1997-2001, par Olivier Schrameck : le livre d’un homme de droit dans les coulisses du pouvoir… décevant.

19082008

Olivier Schrameck avait fait le choix de publier, avant les élections de 2002 et la fin du gouvernement Jospin, cet ouvrage qui racontait moins sa vie que sa vision de directeur de cabinet du Premier Ministre de 1997 à 2001.

Pourquoi avait-il fait ce choix ? Peut-être pour encourager son ami à se présenter à l’élection présidentielle contre le Président Chirac ? Après tout cette hypothèse est tout à fait plausible quand on découvre dans le livre de Schrameck un  véritable bilan de l’action du gouvernement de la gauche plurielle, un bilan qui met en valeur l’action du Premier Ministre malgré les difficultés propres à la vie politique, en l’occurrence des difficultés dues principalement à la cohabitation tendue entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, mais aussi à la situation en Corse

Le livre nous offre à découvrir une période riche de décisions politiques et d’avancées sociales – que l’on peut discuter sans doute aujourd’hui – comme les trente-cinq heures, la parité, le PACS (avec ici une lecture pertinente d’Olivier Schrameck sur cette avancée laïque), … Il met aussi en avant les contradictions du Président Chirac sur des sujets comme le quinquennat, le calendrier électoral, les tentatives de réformes institutionnelles… Ces sujets sont intéressants mais indiquent le ton du texte : nous avons à faire à un juriste. N’oublions pas en effet qu’Olivier Schrameck est conseiller d’Etat et ancien secrétaire général du Conseil Constitutionnel…

Ainsi, si Olivier Schrameck permet à son lecteur de redécouvrir un contexte, son écriture est assez peu personnelle, très juridique et difficile. En fait, il adopte trop souvent le ton de la note juridique…  Autant dire qu’après la lecture du « journal » de Bruno Le Maire, Des hommes d’Etat, cet ouvrage me laisse sur ma faim. La ligne « éditoriale » n’est pas la même bien sûr, mais l’ouvrage aurait pu être plus ouvert aux non-initiés, aux non-juristes. Aussi peut-on regretter qu’ Olivier Schrameck lance sans l’exploiter à plusieurs reprises le sujet des relations entre les cabinets de l’Elysée et de Matignon, entre les cabinets ministériels eux-mêmes. Certes cet ouvrage apporte des renseignements intéressants et dresse un beau bilan de l’action de Lionel Jospin en donnant toutefois par anticipation les explications de la défaite de 2002. Cependant, trop riche en éléments juridiques, le témoignage est pauvre en anecdotes politiques, anecdotes qui auraient pu rendre vivants les personnages et notamment Lionel Jospin.

Claire







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