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Ma grand-mère avait les mêmes, par Philippe Delerm.

26102008

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Depuis La première gorgée de bière, je n’avais pas lu Philippe Delerm. Mais j’ai lu celui-là. Pourquoi ? Pour le titre certainement, Ma grand-mère avait les mêmes, qui m’a intrigué… Pour le format – à peine 100 pages – et la structure de l’ouvrage – plein de petits chapitres de deux ou trois pages – qui m’ont rappelé La première gorgée… Pour le sous-titre, Les dessous affriolants des petites phrases, qui a stimulé ma curiosité de passionné des mots…

Et je n’ai pas été déçu. Il y a dix ans, Delerm couchait sur le papier les petits plaisirs de la vie. Aujourd’hui, il dissèque quelques petites phrases toutes faites que l’on utilise au quotidien. Et il leur redonne tout leur sens, les délivrant de la banalité qu’on leur attribue, insensibles que nous sommes.

Au hasard : « Ca va refroidir », « On ne vous fait pas fuir au moins ? », « Je vais prendre les matches un par un »,  « Ma grand-mère avait les mêmes »… Quand on lit les deux pages qui sont consacrées à chacune par l’auteur, on se dit que personne n’est aussi sensible et subtil qu’un écrivain. Les écrivains, je les admire lorsqu’ils me font réaliser des choses que je pressens mais sur lesquelles je ne parviens pas toujours à mettre des mots spécifiques. Or, Philippe Delerm le réussit à merveille ! Avec finesse et humour, comme dans mes souvenirs.

Jean-Baptiste.




Mère et fille, un roman par Eliette Abécassis – peut-être vaut-il mieux être amour que passion…

26102008

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C’était à la fin du mois d’août alors que paraissaient les premiers écrits de cette rentrée littéraire 2008. C’était à la fin du mois d’août et donc à quelques jours de l’anniversaire de ma mère. Je voulais un cadeau personnalisé, un cadeau qui pourrait mettre en perspective la belle relation qui unit une mère et sa fille. Je suis tombée sur ce titre « Mère et fille, un roman ». Je l’ai pris, sans même lire la quatrième de couverture. J’aurais peut-être dû. Ici, la belle relation maternelle trop intellectualisée perd de sa beauté originelle. Il y a là l’expression d’une sorte de désillusion sur le couple mère-fille. Celui-ci existe et n’est pas aussi idéal qu’il y parait: la relation mère-fille peut avoir des conséquences dramatiques sur la vie de la plus jeune. Comme si la fille devait tuer la mère… enfin ce n’est pas aussi « freudien » tout de même.

Eliette Abécassis nous entraîne tout d’abord dans un univers très « parisien », très rive gauche. Cet univers est sans doute propice à la création, à la rencontre artistique. Mais je ne suis pas sûre qu’il préserve la relation mère-fille. Et puis l’on remonte avec elle le, les, temps de la maternité qui explique le lien passionnel qu’entretiennent Sonia, née à elle-même dans la maternité, et Nathalie, dont le véritable avènement dépend de sa capacité à accoucher, à se délivrer de sa propre mère. L’analyse est sans aucun doute intéressante. La psychanalyse affleure à chaque page, souvent avec une pertinence remarquable, en particulier sur la lecture de l’accouchement, cet acte de double naissance. La lecture de la filiation est belle aussi, à travers un retour sur nos contes préférés, Blanche-Neige, Peau d’âne entre autres.

Cependant, Eliette Abécassis nous éloigne d’une conception plus simple de l’amour maternel qui ne souffre, à mon avis, aucune condition, qui est bien plus amour que passion. Elle introduit dans la relation de la mère à la fille des sentiments qui altèrent l’image idéale que j’ai de la relation mère-fille qui ne connaît – mais sans doute est-ce fonction du milieu dans lequel elle se construit et se joue – ni jalousie ni frustration.

Eliette Abécassis offre ici une lecture singulière du lien qui unit une mère et sa fille, une lecture intéressante mais qui reste sans écho en moi. Au point que je regrette presque d’avoir offert ce livre à ma mère. Notre relation n’est pas excessive, n’est pas exclusive. Elle est bien-être et amour. Pour autant, je ne peux pas « condamner » entièrement ce livre qui est un véritable révélateur de sentiments. Qui est aussi, une œuvre sur l’atmosphère particulière entre une mère et une fille, une atmosphère « pas belle de tous les jours », loin s’en faut. 

« Pas belle de tous les jours » mais à découvrir, véritablement. Pour se départir d’une vision subjective et naïve de la réalité des sentiments.

Claire.




Où on va, Papa? Par Jean-Louis Fournier – Rire à en pleurer ou pleurer d’en rire?

14102008

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 » Peut-être que « génétique » c’est le terme savant pour dire « pas de chance »? « 

Jean-Louis Fournier n’a pas de chance et je trouve même trivial de commencer ainsi cette chronique. Mais il faut bien se rendre à l’évidence: avoir deux enfants sur trois handicapés, destinés à rien, anormaux au point de ne pas grandir mais de vieillir plutôt, deux enfants différents des autres, c’est en effet ne pas avoir de chance.

Et pourtant, Jean-Louis Fournier a bien de la chance dans son malheur: digne complice de Desproges, il vit ce réel drame avec un humour tonitruant… Un humour que certains trouveront sans aucun doute déplacé.

Pour ma part, je dirai simplement, sans porter de jugement de valeur sur l’homme qui se cache derrière l’écrivain, que l’humour de ce récit m’a entraînée dans un rire convulsif, un rire qui m’a mis les larmes aux yeux: ces larmes étaient certes le résultats d’un corps secoué par le rire. Mais elles étaient aussi le fruit d’un corps ébranlé par cet humour qui devenait au fur et à mesure des pages la plus juste façon de dire la souffrance, la douleur, l’amour d’un père privé des bonheurs de la paternité.

L’humour et la pudeur, l’amour et la peur sont ici magnifiquement conjugués. Ce récit est loin de toute bien pensance sans doute et pourtant je le trouve profondément moral, incisif par rapport à une société aveugle de ses maladies.

La catharsis par le rire n’a sans doute jamais été plus vraie qu’ici. Les meurtrissures s’échappent dans des mots terrifiants, des mots d’esprit, des mots d’amour.

 Claire.




Terre des hommes par Antoine de Saint-Exupéry - »Trois divinités élémentaires: la montagne, la mer et l’orage ».

13102008

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Il y a quelques temps, j’étais plongée dans une formidable histoire d’amitiés avec l’Equipage de Kessel. Sur fond de combats aériens, ce roman était empli de beaux sentiments, de fraternité et de solidarité entre personnes d’une même caste et leur honneur, leur dignité étaient émouvants.

Cette nouvelle lecture a aussi pour raison des aventures, une destinée aérienne – il s’agit de Saint Exupéry. Là-bas guerre mondiale et ici aéropostale et début de l’histoire de l’aviation: rien de vraiment comparable. Et pourtant là aussi une belle histoire d’amour entre les hommes qui défient les éléments, une belle leçon d’humilité aussi face aux éléments. C’est ici un véritable plaidoyer pour la planète, terre des hommes mais aussi terre hostile, que nous livre le célèbre postier. Avec une écriture simple et poétique à la fois, avec un sens critique élevé Antoine de Saint Exupéry laisse ici un superbe témoignage sur l’homme contre le monde, à l’heure de la machine; sur l’homme avec les éléments à l’heure de la machine. Le pilote nous fait ici sans aucun doute prendre de l’altitude sur la nature humaine.

 Claire.

  »L’avion est une machine sans doute, mais quel instrument d’analyse! »

« Liés à nos frères à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction. Il n’est que de camarades que s’ils s’unissent dans la même cordée, vers le même sommet en quoi ils se retrouvent. »




Jour de Souffrance par Catherine Millet – Superbe!

9102008

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Marcel Proust écrivait dans un des tomes de la Recherche « On ne guérit d’une souffrance qu’à condition de l’éprouver pleinement ». Le récit de Catherine Millet donne du poids à cette vérité. Ce n’est qu’au bout de la « crise » qu’elle peut revenir de sa souffrance. Ce livre est sentiment, émotion et douleur.

Très peu de choses à dire que ce récit… Juste de l’admiration pour une femme – pardon un corps – qui sait si bien se raconter tout en se mettant en perspective, parmi les oeuvres de l’art contemporain qu’elle vit tous les jours à travers la rédaction d’Art press.

C’est donc un corps de femme « libre » qui se raconte et qui se découvre à la fois libre et entravé, libre et souffrant, amoureux. La naissance du sentiment amoureux est douloureuse, au gré des pérégrinations sexuelles du compagnon de vie, des pérégrinations qui sont fantasmées et subies par Catherine M – quand  elle les découvre.

Ce récit est bouleversant. Il donne à voir ou plutôt à vivre les manifestations de la jalousie, une jalousie irrationnelle et démesurée qui s’en prend à l’intégrité du corps humain.

Mais au-delà du récit personnel d’une femme, ce récit est aussi œuvre d’écrivain. En effet, nous ne sommes pas là face à un simple journal intime qui provoquerait sympathie, compassion ou compréhension. Non. Nous sommes face à une personne qui met en relation sa vie avec le monde et en l’occurrence avec le monde artistique. Ainsi se multiplient les références littéraires ou picturales à Proust, Dali… Ce ne sont souvent que de simples appels, références. Mais c’est aussi parfois l’occasion d’un regard séduisant sur une œuvre. C’est ainsi le cas quand Catherine Millet commence à parler du Ravissement de Lol V Stein de Marguerite Duras. Certes, elle traite ce sujet et Lol V Stein car il y a une proximité avec son expérience propre de femme mais au-delà elle nous livre une lecture de l’œuvre de Duras, une lecture qui traduit le sentiment mêlé de proximité et de distance à Lol V Stein qui m’a étreint moi-même en tant que lectrice.

Enfin, il ne s’agit pas ici de parler de Duras, mais plutôt de ce récit qui est, pour moi, une véritable bonne surprise. Encore un livre qui donne envie de lire. La vie sexuelle de Catherine M bien sûr. Mais d’autres choses encore…

Claire.

PS : Peut-être faudra-t-il reparler de ce livre au moment des prix littéraires. D’ores et déjà, j’aimerais avoir un sentiment masculin sur ce récit… A moins que je ne me trompe, je ne suis pas certaine que le livre soit le même dans les mains d’un homme ou d’une femme. N’hésitez pas à réagir !

PS 2: Je reporte ici la quatrième de couverture. En effet, il faut sans doute à partir de celle-ci mettre en rapport Jour de Souffrance avec le premier regard que Catherine Millet avait porté sur elle dans La vie Sexuelle de Catherine M, ce que je n’ai pas fait…: « Dans les semaines qui ont suivi la sortie de La Vie sexuelle de Catherine M., je me suis rendu compte qu’une question revenait toujours dans les réactions des lecteurs : « Comment avez-vous fait avec la jalousie ? » J’ai alors pensé que mon projet n’était pas abouti tant que je n’avais pas répondu à cette question. »

 







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