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L’Ancre de Miséricorde par Pierre Mac Orlan – « L’aventure est belle dans les livres… »

26112008

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« … dans la réalité ce n’est qu’un mirage dangereux ». 

Lundi matin, Jean-Baptiste me place un nouveau livre dans mon sac, certain de son succès. Et il avait bien raison : quel bonheur de lecture que cette Ancre de Miséricorde de Pierre Mac Orlan.

Nous entrons là dans ce qui s’apparente à un roman d’apprentissage mais un roman d’apprentissage dans le Brest du 18ème siècle. Cette ville, naturellement tournée vers la mer, est alors un haut lieu de la marine de guerre mais aussi de la marine marchande et, logiquement, de la piraterie. Elle accueille également des forçats, sans doute anciens « frères de la côte » – même si cette dénomination convient mieux à d’autres pirates d’Amérique du Sud, elle résonne en moi grâce à la chanson éponyme de bernard Lavilliers. Autant dire donc, si nous revenons à notre pointe bretonne, que Brest est constituée de nombreux types de population, plus ou moins fréquentables. Des populations qui s’inquiètent toutes du retour de Nicolas Trupet, alias Petit-Radet, fameux pirate sur leurs côtes.

Yves-Marie Morgat, le gamin qui se fera plus tard narrateur, est alors élève et s’apprête à quitter Brest pour l’école d’artillerie de Metz. Cependant, il a des rêves plein la tête, des rêves de mer et d’aventures. Aussi, quand l’écho du retour d’un grand pirate lui parvient, il n’a qu’une envie : c’est de le découvrir, de se confronter à lui, au risque et par-là même de parvenir enfin à l’âge adulte. Il est prêt au grand saut, tout entouré qu’il est de personnages aux surnoms énigmatiques – Pervenche, Le grêlé, Framboise, Jean la Sorgue - et aux vies intrépides – Jérôme Burns s’ajoutant alors à ceux déjà énumérés.

Le Grand Morgat – son père - et ce nouvel arrivant sur le port - Jérôme Burns - tente de calmer les ardeurs du futur artilleur… Cependant cela suffira-t-il ? Peut-on empêcher un enfant de grandir, de se confronter à la réalité criminelle du monde de l’époque, bigaré et effrayant?

Ce roman d’aventures est magnifique. Il est superbe de rythmes mais aussi de descriptions (Pierre Mac Orlan a créé pour cela – sans doute – le personnage d’un peintre de façon très habile). Il est riche des réalités sinon historiques du moins culturelles d’une  période tumultueuse.

Le roman, vous l’aurez compris, est à lire : pour le mystère qu’il entretient, pour l’analyse  qui accompagne un héros attachant à la sortie de l’enfance.

Ce roman est à découvrir absolument. Nous tenons là un auteur digne de Defoe, dans une perspective moins utopique qui n’est pas pour me déplaire. D’autant que l’édition nouvelle – Phebus Libretto – est superbe !

Claire.

« … l’aventure ! (il ricana). J’ai cherché l’aventure sur toutes les mers du monde et je ne l’ai jamais rencontrée belle et pure comme je l’imaginais. On ne l’atteint jamais. On passe le meilleur de sa vie à essayer d’étreindre un fantôme poétique. Et puis l’âge vient et l’on se sent mourir peu à peu en ignorant tout ce qui doit constituer la vraie joie de vivre… un foyer, une affection… » Jérôme Burns dans l’Ancre de Miséricorde.




L’enfance est un rêve d’enfant par Régis Jauffret – Du « Jauffret »: sensé et insensé, distancié.

25112008

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Je ne ferai pas une longue chronique sur cet auteur qui  m’a conquise avec seulement deux ouvrages « avalés »! Après la causticité et la rugosité de Lacrimosa, voilà un livre drôle qui invite à la réflexion… L’enfance est[-elle] un rêve d’enfant? Marseilles et Paris, ces grandes métropoles peuvent-elles garder de leur magie? Le personnage de De Gaulle n’est-il qu’une illusion gaullienne?

De Gaulle est un prétexte à cette dissertation qui se perd: sur le mode du rêve nous voyons ce que l’auteur veut nous faire voire et en particulier des De Gaulle imaginaires, des De Gaulle détestables. Nous ne sommes pas dans le cauchemar juste dans la cruauté de l’écriture d’un auteur de grand talent.

Jauffret peut-il lasser? J’en suis certaine mais ce n’est pas encore le cas: je suis encore dans l’enfance, qui me permet tous les fantasmes, le refus et la résistance. Comme Jauffret.

Claire.




Les arbres se taisent par Francine Burlaud, Pleine Page, 2007: primé!

25112008

Moi qui ai aimé les Arbres… Je suis ravie de vous apprendre que ce premier roman a obtenu un prix, le prix des savoir-faire d’Aquitaine.

Ce prix récompense une oeuvre littéraire ayant pour cadre l’Aquitaine et publiée par un éditeur de la région. Francine Burlaud était en compétition avec deux autres nominés – Elise Harrer pour Glycine d’Hasparren et Benjamin Hoffman pour Le Monde est beau on peut y voyager.

Je suis heureuse de cette récompense régionale  mais prometteuse, régionale mais pleine de sens dans une région qui a toujours donné à la littérature française de grands auteurs: Philippe Sollers, Michel Serres ou encore Régine Desforges sans parler de Mauriac bien entendu. Tous ces écrivains ne sont certainement pas sur le même plan; pourtant ils disent bien le succès littéraire d’une région à laquelle je trouve beaucoup de charme.

Claire.




La langue maternelle par Vassilis Alexakis – Une quête de soi mystérieuse voire mystique.

17112008

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Après une tournée « livres de poche » à Bordeaux dans la fameuse librairie Mollat – à laquelle il faudra bien que je consacre un article – je me suis plongée dans La langue maternelle de Vassilis Alexakis. Ce roman nous emmène à la recherche du sens de la lettre epsilon, la voyelle « e » en Français… Une voyelle que j’ai fini par haïr au fur et à mesure de ma lecture…

Parlons donc de ce roman. 

Couronné du Prix Médicis en 1995 – double distinction à Andrei Makine pour Le testament français et à Vassilis Alexakis pour La langue maternelle – ce roman est assez mystérieux. Nous sommes confrontés à un narrateur qui est rentré en Grèce après vingt ans de vie en France, qui « est revenu au pays » en quelque sorte. Il y est revenu… peut-on cependant parler d’un réel « retour » quand Pavlos nous dit qu’il n’a plus tous ses repères, qu’il parle sa langue comme un étranger. Il n’est pas certain du sort qu’il se réserve à lui-même dans un pays qu’il a des difficultés à reconnaître, à la fois vieux et jeune, porteur d’une civilisation qui est et n’est pas la sienne.

Son récit est guidé par la volonté de résoudre une énigme, celle de la présence de l’epsilon sur un monument delphique. Il réfléchit à cette lettre, au mot qu’elle dessinait alors sur le sanctuaire d’Apollon. Il part à la recherche de son propre pays, de lui-même, de la mère disparue et de la langue de cette mère qui manque par le biais de cette lettre. Il recense les mots qui débutent par cette lettre – enfin, les mots qui ont un sens pour lui, un attrait – et sa liste, au fil des jours, raconte une histoire, celle d’un grec en quête de lui même, en quête des autres.

Ce roman ne nous attache pas à lui dès le début de la lecture. Il nous laisse perplexe tant que nous ne comprenons pas vers quel horizon le narrateur nous emmène. Mais il gagne en intensité au fur et à mesure des rencontres, des visites, du mouvement du narrateur vers l’epsilon, vers ses origines, au fur et à mesure non pas d’un horizon mais des horizons qui font une personnalité. Ce livre est un régal… mais cela ne m’a pas tout de suite sauté aux yeux.

Alors, j’en profite ici pour remarquer que la quatrième de couverture est vraiment importante et essentielle à la lecture d’un livre. Je n’y avais jamais prêté attention.  Mais aujourd’hui, je me suis aperçue que faire l’impasse sur cette quatrième de couverture d’ordinaire commerciale pouvait perturber la lecture. Cela a été le cas pour ce roman. Mon intérêt pour le récit en aurait sans doute été accru dans les 80 premières pages. Quelle idée, aussi, de choisir un livre en ne se fondant que sur le fait qu’il ait été lauréat d’un prix littéraire… Enfin je ne regrette pas, sinon les 80 premières pages.

A bientot.

Claire.




Prix Goncourt: Atiq Rahimi… – Eh non je ne l’ai pas encore lu!

11112008

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Même si depuis quelques jours je savais qu’en tout état de cause – compte tenu des oeuvres présélectionnées – je n’aurais pas lu le Goncourt avant l’annonce des membres de l’Académie ce lundi 10 novembre, je guettais avec impatience la décision du jury. Et voilà que c’est fait: un romancier afghan – le premier comme le soulignait Bernard Pivot – s’est vu décerner le prix Goncourt 2008 pour son roman Syngué Sabour, sous titré Pierre de patience

Ils étaient quatre à pouvoir espérer le célèbre bandeau rouge: Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès ; Une éducation libertine, de Jean-Baptiste Del Amo ; La Beauté du monde de Michel Le Bris et Syngué Sabour d’Atiq Rahimi. C’est donc ce dernier qui l’a emporté par 7 voix contre 4 à Michel Le Bris. 

Si je n’ai pas encore ouvert ce roman, j’avoue que j’hésite à le faire suite aux différents commentaires qui ont suivi l’annonce très médiatique du nom du lauréat. D’abord parce que les prix – et celui là en particulier – ont une lourde influence commerciale. Ensuite parce que je sais d’ores et déjà que ce roman constituera – comme pour beaucoup d’entre nous – un de mes cadeaux de Noël traditionnels: il ne faudrait pas que j’aie deux exemplaires. Enfin parce que plusieurs jurys du Goncourt ont exprimé par leur choix une vision politique alors même que ce n’est vraiment pas leur rôle. Cette dernière critique devra certainement être nuancée mais cela se fera en fonction de la force du livre et des opinions exprimées. 

Cependant, j’avoue que je ne résisterai pas à la tentation: parce que je suis curieuse de cet écrivain et de son récit – inconnus –, parce que – après tout – je tiens désormais un blog qui se veut au fait de l’actualité littéraire, fusse-t-elle très médiatique –, parce que, enfin, c’est écrivain étranger qui se livre en français. Il se rapproche en cela d’un de mes auteurs favoris: Andrei Makine. Le fait de ne pas écrire dans sa langue maternelle dénoue beaucoup de choses, lève des tabous et révèle des sentiments que la langue maternelle nous empêche d’exprimer souvent. Alors à toi! Syngue Sabour et à toi! aussi Roi de Kahel de Tierno Monémembo, prix Renaudot cette fois.  

Sans rien promettre, j’espère pouvoir vous faire part assez vite dans des « chroniques  » de mes sentiments sur ces deux oeuvres primées.  

 Claire. 







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