Le week end par Bernhard Schlink – Un huis clos remarquable.

11 11 2008

leweekend.jpg

Bernhard Schlink est un auteur allemand que j’ai appris à apprécier avec Amours en fuite et ensuite Le liseur. Une amie m’avait aussi conseillé Le retour que je n’ai pas encore lu. Je dis « pas encore » car je suis certaine, après ce dernier roman, Le week end, de vouloir aller plus loin dans la découverte de cet auteur. 

Loin cette fois-ci de la Seconde Guerre Mondiale, Bernhard Schlink nous emmène cependant dans le passé noir de l’Allemagne, celui de la Rote Armee Fraktion, la RAF, plus connue en France à travers la bande à Baader. Un film sort d’ailleurs actuellement sur les écrans à ce sujet, un film à la base duquel on trouve à nouveau Bernd Eichinger, producteur de La Chute en 2004. La bibliographie de Schlink, comme la filmographie de Bernd Eichinger, donne d’ailleurs à réfléchir sur la capacité des artistes allemands à se retourner sans scrupule et avec lucidité sur un passé qu’il s’agit moins d’assumer que d’accepter. Mais revenons à ce dernier roman qui pourrait être -- au passage -- superbement adapté au cinéma ou même au théâtre, puisqu’il s’agit d’un huis clos fort d’intensités. 

 Jörg, terroriste de la RAF, sort de prison, gracié par le Président Allemand. A sa sortie, sa soeur -- prisonnière d’une relation presque incestueuse avec ce frère qu’elle a élevé -- lui prépare un week end dans la campagne allemande avec de vieux amis, ceux qui ont accepté d’affronter cet homme qui symbolise un passé difficile à revendiquer. 

Une dizaine de personnages se retrouvent donc dans un paysage bucolique qui accentue encore le caractère sinistre de ce qui se joue comme une véritable confrontation. Chacun revient sur le passé, sur son ressenti. Et l’on n’hésite pas à brusquer Jörg, ce convalescent qui renoue avec la vraie vie: 

 » Mais Ulrich lui coupa l’herbe sous le pied (…): -- Vous vous souvenez certainement encore toi de ton premier dossier, toi de ton premier prêche. Et Ilse de sa première heure d’enseignement, et Henner de son premier article. Moi, je n’oublierai jamais mon premier bridge; dans aucun travail ultérieur je n’ai investi autant d’amour et de temps, ni appris autant pour le reste de mes jours. Qu’en est-il de ton premier meurtre, Jörg? Est-ce que ça a été… » 

Ce roman est vif, concis et pose les vraies questions sur le passé, sur la violence et la pertinence de l’action violente, sur l’acceptation de ce passé, sur la lecture que chacun fait de sa propre histoire. On y trouve aussi une réflexion sur la filiation, sur l’amitié… Tous ces thèmes émergent pendant un week end à la fois très long et très court, dans un lieu à la fois vaste et étroit, entre une dizaine de personnages dont on n’est pas certain qu’ils se revoient. Bien entendu c’est là le sujet du pardon qui est au coeur même du roman. 

Ce roman est d’une force incroyable. Selon moi: à lire absolument. 

Claire. 


Actions

Informations



Une réponse à “Le week end par Bernhard Schlink – Un huis clos remarquable.”

  1. 19 11 2008
    7tourvercors (17:06:45) :

    Merci pour cette excellente critique !

    Je partage pleinement votre analyse, avec une importante réserve tout de même sur la traduction. Un peu trop lourde à mon sens. Impression que je n’avais éprouvée jusqu’alors avec cet auteur.

    J’ai également beaucoup apprécié du même auteur la circoncision, paru chez Folio.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>