• Accueil
  • > Archives pour décembre 2008

Un Tours à la morgue par Claude Croubois – Glauque…

30122008

untourslamorgue.gif

Je n’avais jamais lu un roman policier condensant autant de péripéties invraisemblables… Il vous suffit de lire les titres de la vingtaine de chapitres que compte ce roman (276 pages chez Le Geste noir) pour avoir un aperçu du rythme de ce policier. A vrai dire, cet acharnement n’est pas toujours de très bon goût. Le bon goût n’est pas non plus au rendez-vous quand notre auteur s’évertue à écrire des pages et des pages de dialogues très crus, véritablement grossiers. Peut-être ses personnages le sont-ils – grossiers – mais je ne crois pas que le récit y gagne.

 

Et pourtant, l’auteur tient les ficelles d’un excellent polar. Il mène assez bien une intrigue où se croisent des personnages assez détestables tant par leur intérêt pour la mort ou la thanatopraxie, que par leurs agissements puisque nous avons à faire ici à un nécrophile que la police tarde à démasquer…

 

Malgré tous les défauts – essentiellement de rédaction – que j’ai pu trouver à ce livre,  je ne peux m’empêcher de penser que l’apparente lourdeur de cet auteur est sans doute parfois volontaire : elle est un premier prétexte au rire et sert de support au ridicule de certains personnages de ce roman, décidemment trop attendu. C’est à se demander si Claude Croubois ne se livre pas là à un pastiche du traitement journalistique de l’information. Allez savoir !

 

En tout cas, ce roman aussi ambigu soit-il – qu’on le pense mauvais polar ou excellent pastiche – se laisse lire !

 

Claire.




Rouen par Philippe Delerm – échapper au guide traditionnel ?

30122008

rouenparphilippedelerm.jpg

Quelle superbe idée que cette collection proposée par Luc Decaunes aux éditions du Champ Vallon : « des villes ». Et quelle superbe idée que cet ouvrage sur Rouen !! Je m’y plonge avec d’autant plus d’enthousiasme que… j’y habite ! Cependant, l’ouvrage est paradoxal : à la fois riche et décevant. Je m’explique.

 

Je pensais échapper plus facilement à la structure du guide touristique avec une plume comme celle de Delerm. Vif, parfois piquant, émouvant, il l’est ici comme dans d’autres de ces œuvres sans aucun doute. Cependant, il n’y a pas de réelles surprises dans cet ouvrage et il faut attendre les toutes dernières pages pour trouver – in fine de façon inattendue – ce que j’attendais depuis le début : une touche personnelle plus qu’érudite sur cette ville de Rouen qui vaut bien le détour !

 

En effet, Philippe Delerm dont on sait l’attachement à cette ville ne nous en donne pas immédiatement une lecture personnelle ou anecdotique qui pourrait faire le charme de ce petit ouvrage. Au contraire, il choisit des lieux communs que nous trouvons dans tous les guides touristiques : non seulement les monuments incontournables comme la cathédrale, l’aître Saint Maclou, le quartier des antiquaires mais aussi les personnalités incontournables : certes Corneille, Hugo ou Flaubert sont des personnalités liées à Rouen mais nous n’attendons pas que Delerm s’en prennent à elles ! Non, il s’agit qu’il parle de Rouen par lui-même. Assez de citations !

 

Aussi sans détours, je dirai que le livre vaut pour quelques informations glanées au fil des premières pages mais vaut surtout pour ses dernières lignes beaucoup plus personnelles et originales : allons donc avec Delerm à la découverte de la rue Marie-de-Beaumont ou partons avec lui lire les plaques de rue qui font l’identité profonde d’une ville dans laquelle j’ai vraiment envie de vivre et donc de voir autre chose que le Gros Horloge, la cathédrale ou la tour des archives. Car après tout, Rouen a beau être de réputation bourgeoise et froide, elle est aussi « ronde et chaude », vivante !

 

Alors je reprocherai à Delerm de n’avoir pas su respecter le cahier des charges qu’il s’était lui-même fixé dans les premières pages de son ouvrage. Au lieu de nous présenter Rouen dans des jeux de lumière très poétiques mais distants, il aurait mieux valu qu’il nous propose son regard, dès le début : «  [les villes] commencent [en effet] avec nos regards ».

 

Claire.




L’enfant de sable par Tahar Ben Jelloun – De la difficulté d’être soi.

18122008

lenfantdesable.jpg

Voilà quelques temps que je n’avais pas chroniqué de livres… Il faut avouer que cette période de fête où l’on court les magasins – et en particulier les librairies – laisse assez peu de répit.  Cette période de fête est aussi celle des contes. Je ne vais pas vous parler d’un conte de Noël, mais d’un roman qui prend les allures d’un conte. Un conte avec cependant un sujet assez terrifiant. Il s’agit de l’histoire d’un couple qui ne parvient pas à avoir d’héritier. Ils ont bien sept premières filles mais comme une malédiction, ils ne parviennent pas à donner la vie à un homme. Alors, pour conjurer le sort, le père décide que, quoi qu’il arrive, à la prochaine naissance, il aura bien un garçon. C’est ainsi que la huitième fille du couple naît: Ahmed est élevée comme un garçon. Il découvre assez vite qu’il est différent, qu’il est en fait une femme. De façon surprenante, il ne se rebelle pas, mais prend le pari, le défi à son compte. 

Le corps d’Ahmed ne lui appartient pas vraiment, il le subit, elle le subit. Ce corps est violence. Il ne lui appartient plus comme son histoire ne lui appartient plus. En effet, Ahmed est devenu un personnage de conte, un personnage que tout un chacun exhibe et raconte. Son corps, son histoire, sa personnalité lui échappent. C’est un enfant asexué qui n’a pas pu vivre, qui a porté sa vie durant le fardeau que ses parents – en vertu de codes sociaux – lui avaient imposé. C’est un adulte sans constance, à la fois dur et doux, qui grandit isolé, dans une solitude et dans un rejet de l’autre. C’est un homme, c’est une femme sans but sinon celui de se découvrir, de se deviner derrière l’écran qu’il ou elle a contribué à construire. Rien n’est plus vrai dans cette histoire, que Tahar Ben Jelloun tire d’un fait réel,  que cette phrase qu’écrit Ahmed: « l’empreinte de mon père est encore sur mon corps« . Son père l’a condamné et lui s’est condamné ensuite. L’emprisonnement qui découle de cette double condamnation est douloureux mais la libération le sera aussi…   A ceux qui aiment les contes, les contes douloureux mais si poignants: lisez ce livre!!  Claire. 

Extrait du journal d’Ahmed:  » Je me suis assez donné. A présent je cherche à m’épargner. Ce fut pour moi un pari. Je l’ai presque perdu. Etre femme est une infirmité naturelle dont tout le monde s’accomode. Etre homme est une illusion et une violence que tout justifie et privilégie. Etre tout simplement est un défi…«  




Le voyage dans le passé, par Stefan Zweig – Le maître a encore frappé !

7122008

 levoyagedanslepass.jpg

2008 : l’immense Stefan Zweig a encore frappé ! Vient de sortir il y a quelques semaines un inédit du maître autrichien : une nouvelle, jamais traduite en français jusqu’à ce jour, intitulée Le voyage dans le passé.

Le voyage dans le passé, ou le questionnement sur la possibilité d’un amour après 9 ans de séparation. Soit précisément le genre de sujet qui m’aurait fait reposer le livre sur l’étale du libraire si son auteur ne s’appelait pas Stefan Zweig.

En à peine 100 pages, Zweig a écrit un récit qui nous plonge – après quelques dizaines de pages nous présentant les protagonistes de cette histoire – dans les affres du genre humain. Un jeune homme tombe éperdument amoureux de la femme de son bienfaiteur, un dirigeant d’entreprise de chimie qui l’envoie à l’autre bout du monde – au Mexique – pour développer l’activité de la firme. Deux années de voyage doivent les séparer. Mais c’est sans compter la Première guerre mondiale qui éclate. Neuf années les sépareront au final.

La question est donc posée : l’amour est-il possible au bout de 9 ans de séparation ? Aujourd’hui peut-il être comme hier ? Un sujet que tant ont traité avec frivolité mais qui est sous la plume de Zweig un nouveau chef d’œuvre de finesse, d’intelligence, de lucidité, de fluidité et de psychologie. Je suis parfaitement conscient que l’on pourrait appliquer cette phrase à chacune des œuvres de l’auteur, mais que voulez-vous dire d’autre de ce génie ? Et puis, faudrait-il taire ou moquer la constance, la constance de l’intelligence ?

Une dernière réflexion : j’aime à penser qu’un grand auteur saura toujours nous étonner. J’adore lorsqu’arrive ainsi à nous un texte perdu ou oublié, qui est pourtant le plus souvent une pépite supplémentaire d’un trésor déjà grand. Il y a deux ou trois ans, l’on avait par exemple retrouvé le manuscrit du premier ou de l’un des premiers textes de Truman Capote. Cela s’appelait La traversée de l’été. Je me souviens aussi d’une nouvelle inédite de Flaubert, publiée dans Le Magazine Littéraire. Aujourd’hui, c’est cette nouvelle de Zweig.

Alors, à quand la prochaine découverte ?

Jean-Baptiste.




Un homme par Philip Roth – Un corps que l’on subit ? Une détresse à venir.

7122008

unhomme.jpg

Philip Roth… Cet auteur à succès, je l’ai rencontré à de brèves reprises : brèves parce que ma première lecture fut celle de L’habit ne fait pas le moine, nouvelle dont je me rappelle le discours contre les discriminations, assez habile et brèves parce que j’ai tenté de lire Le complot contre l’Amérique sans y arriver jusqu’à présent. Le texte – à moins que ce ne soit alors le contexte – ne me permettait pas de me mobiliser complètement et je l’ai lâchement abandonné. Aujourd’hui, après cette lecture d’Un homme, j’ai très envie de me faire pardonner cette lâcheté et de lire ce fameux Complot qui avait, voici deux ans, séduit tant de lecteurs.

Enfin, passons donc à Un homme. Un homme ou plutôt un corps. Un corps sans lequel nous serions certainement libres. Mais un corps sans lequel nous serions immortels et donc un corps sans lequel nous ne ferions rien de notre existence : avez-vous remarqué à quel point en l’absence de temps fini, de limites, nous sommes inactifs ?

L’homme auquel nous sommes confrontés va décéder. Il porte les cicatrices, les stigmates de la vie sur son corps. Sans doute les douleurs, les angoisses, les peurs qui naissent de ce corps sont-elles trop nombreuses pour un seul homme. Mais cet homme, et c’est là mon premier sentiment, a connu de tels plaisirs – dans l’amour, la natation… – et a commis de telles bassesses, que l’on peut comprendre que son corps prenne une sorte de revanche. Cependant, dans un second temps, on s’aperçoit aussi, au-delà du récit, que la vieillesse et ses affres sont le lot de tout un chacun, que cette vieillesse est une déchéance du corps avant celle de l’âme, que cette vieillesse s’accompagne, dramatiquement d’une sorte de culpabilité de l’homme. Une culpabilité à l’égard de soi et à l’égard des autres aussi, comme si l’on méritait cette vieillesse.

Philip Roth nous fait admirablement sentir ce qui constitue un des drames de nos sociétés aujourd’hui où l’on vieillit, où l’on meurt seul. Une fois la retraite et le repos arrivé, c’est le corps qui abandonne nos pères et mères. Mais ceux-ci n’en font pas part à des proches désormais de plus en plus éloignés, que ce soit dans le temps, dans l’espace ou dans les préoccupations. Aussi, le corps est voué à nous abandonner, tous, alors que nous sommes seuls. La vieillesse n’est pas le moment de l’indépendance, pourtant méritée après une vie donnée aux autres, au travail mais le moment de la dépendance et paradoxalement, le moment de la solitude. Le corps est une prison. Sa déchéance révèle l’horreur d’une vieillesse qui est trop souvent coupable et solitaire malgré le besoin que l’on a des autres. Car c’est la solitude des anciens qu’éprouve notre héros. Un héros auquel nous nous attachons. Pas vraiment parce qu’il nous est sympathique. Plutôt parce qu’il fait résonner en nous des faits vécus ou à vivre. Malheureusement.

A lire absolument… encore une fois.

Claire.







RURALIVRES |
Arcade |
valentine63 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le portrait de la femme en ...
| Lire, Voir, Ecouter...
| mespetitsmotspourtoi