• Accueil
  • > Archives pour janvier 2009

Le CV de Dieu par Jean-Louis Fournier – Un sens profond de l’ironie et de l’autodérision…

20012009

41pen2pnwelsl500aa240.jpg

A la suite du superbe Où on va, papa ? récompensé par le Femina, je me suis lancée dans Le CV de Dieu, réédité en octobre 2008 chez Stock.

J’ai adoré et je ferai aussi laconique que l’écriture de Jean-Louis Fournier : FONCEZ!!

Pertinent et impertinent à la fois, l’acolyte de Desproges nous livre ici un réquisitoire contre le « Bon Dieu », un réquisitoire elliptique qui nous amène souvent au sourire ou au rire. D’autant que ce réquisitoire tout en se moquant du Bon dieu s’en prend nettement à sa créature, la plus exigeante et la plus complexe, l’être humain !

L’ironie est magnifique, l’humour maîtrisé et le style comme la forme sont concis !

Toujours est-il que notre monde est bien dérisoire… Malheureux que Dieu ait colorié les hommes avec les couleurs qui lui restaient? Malheureux qu’il ait si mal caché à l’homme le pétrôle? Malheureux qu’il ait inventé le moustique? Malheureux qu’il ait inventé l’enfant handicapé? En tout cas, heureux que Dieu ait inventé les écrivains humoristes. Car après tout, Jean-Louis Fournier ne créé que grâce à Dieu ! Si l’on ne peut s’extasier de tout et si l’on peut attribuer à Dieu un casier judiciaire énorme… tout de même, quelle imagination, quelle Création!…

Claire.




Le roi de Kahel, par Tierno Monémembo – Un explorateur tristement oublié, un auteur à retenir !

14012009

leroidekahel.jpg

Dès son couronnement par le prix Renaudot, je m’étais promis de lire Le roi de Kahel. Cette biographie romancée d’un explorateur français à la fin du dix-neuvième siècle me faisait envie. Je connais assez peu les explorateurs qui ont fait l’empire colonial français sinon par l’aperçu que l’on nous en donne en cours – désormais polémique et problématique – d’histoire, au collège puis au lycée. Ainsi, comme tout un chacun, j’ai entendu parler de  René Caillié… Mais il me semble qu’au final nous prêtons bien peu d’attention à ces explorateurs. Ce qui compte ce sont les explorateurs d’avant et d’ailleurs – les La Pérouse et les Colomb – alors que cet Oliver de Sanderval, par exemple, est oublié. Quoiqu’un peu fou, il a pourtant de très belles choses à nous apprendre.

Cette biographie romancée s’attache donc à ce personnage haut en couleurs qui s’est épris de l’Afrique et de cette contrée au nom un peu magique de Fouta-Djalon. Alors, après avoir fait ses preuves dans la vie « normale » dirai-je c’est-à-dire après avoir réussi dans l’industrie, après avoir fondé une famille, Olivier ou plutôt Yémé rejoint son véritable pays, celui qu’il a rêvé si longtemps et celui dont il rêve d’être le roi : le Fouta-Djalon. Ses voyages sont éprouvants mais l’Afrique semble le nourrir. Au fil des pages de Tierno Monémembo, nous apprenons avec ce Français l’Afrique, ses paysages et ses populations. Des paysages à couper le souffle sans aucun doute mais aussi des Peuls que l’on voit se dresser, majestueux, à partir des descriptions de ce livre.

Ce français est un original, un original parmi les africains – un blanc que l’on veut toucher -, parmi les français – un illuminé qui défend des thèses insoutenables devant les grands de ce monde pour avoir du soutien en Afrique. Au fur et à mesure des pages, Olivier de Serdanval est – dans ses originalités – tour à tour aimable au lecteur puis détestable. Son rêve est superbe – règner sur le territoire du Kahel – et les moyens employés – la ruse le plus souvent, l’intelligence au final – sont impressionnants. Sa force de caractère aussi. Cependant, on renie le colonialisme, le capitalisme et l’égoïsme qu’il symbolise et porte en lui.

Cette biographie est absolument magnifique – quels que soient nos sentiments à l’égard de son héros. Elle est historique, politique mais aussi sociale et profondément humaine. Le récit est fort et riche. Quant à l’écriture de Tierno Monémembo : elle est forte et riche. C’est une très belle découverte!

Claire.

PS: Je me dois d’être plus claire quand je parle d’une biographie aux accents politiques: en fait, il faut avoir conscience qu’Olivier de Sanderval veut se tailler un royaume personnel. Son épopée le voit donc affronter des Français – colons ou militaires, hommes politiques – et des Anglais. On ne peut d’ailleurs que se gausser ici du discours anti-anglais de notre colon…




Ménage à quatre, par Manuel Vasquez Montalban – un trésor noir !

13012009

mnagequatre.jpg

Il est des touts petits livres qui sont de vrais trésors ; celui-ci en fait partie.

Pour être sincère avec vous, je pensais en l’achetant tomber sur une des aventures du célèbre détective Pepe Carvalho, le personnage fétiche de Montalban. Mais non, au bout de quelques pages, j’avais la triste confirmation que l’enquêteur se nommait Davila. Tant pis, ce n’est que partie remise…

Ménage à quatre est un livre absolument fascinant. L’histoire d’un quatuor, de deux couples bourgeois qui vivent sous la dépendance l’un de l’autre et qui placent leurs vies sous l’œil arbitre d’un cinquième personnage de dix ans leur aîné. Je n’entre pas plus dans les détails de l’intrigue, mais il y a évidemment un meurtre : le corps de la belle Carlota est retrouvé flottant dans un étang et l’autopsie révèle qu’elle était enceinte.

L’histoire de 90 pages est passionnante, se lit en une heure. Et l’écriture est captivante ! Quelle richesse de vocabulaire ! Quelle noirceur ! Quelle férocité ! Quelle méchanceté ! Quelle lucidité ! Quel humour ! Quelle érudition aussi, sans jamais être prétentieuse ! Et surtout, quel plaisir pour le lecteur !

Le portrait ravageur du personnage de Pepa, l’une des membres de ce quatuor, me semble illustrer tout cela : « Il fallait avoir une rétine exercée pour détecter le demi-centimètre de panicule adipeux qui était partout en trop, d’abord sur ce visage sans contrastes, ensuite sur ce corps caoutchouteux, qui semblait avoir été dessiné par Huxley, avec un morceau de chair humaine réchappé du Meilleur des mondes.  En dépit de ses formes sculpturales conventionnelles, ses hanches détonaient, trop rondes sur le haut, prêtes, semblait-il, à recevoir les anses d’une jarre. Et, lorsqu’elle se déplaçait, son corps bougeait trop et avec trop de sensualité, bien qu’elle s’efforçât d’avoir une démarche d’homme afin de dissimuler le balancement de ses chairs obscènes. Si, au début, je m’étais demandé ce que Modolell avait bien pu lui trouver, je découvris peu après avoir fait leur connaissance, que Pepa le sauvait de lui-même. En effet, il se réfugiait en elle comme dans un nuage de sexe, afin de ne pas voir qu’il flottait dans le vide. »

Je ne sais pas vous, mais moi j’adore…  

Jean-Baptiste




Ritournelle de la faim par JMG Le Clézio: ou comment ne pas savoir en finir avec une histoire passionnante… A lire tout de même.

12012009

ritournelledelafaim.jpg

C’est l’histoire d’une enfant, d’une jeune fille, d’une femme qui grandit dans la France des années 1930, 1940. L’histoire d’une jeune fille qui n’ose pas se plaindre au nom d’un « il y a toujours pire que moi ». Une jeune fille qui apprend la vie trop vite, à travers la mort d’un grand-oncle, la ruine de son père, puis la mort de son père; mais aussi à travers le regard d’une immigrée russe, les regards des invités dans le salon de son père, et surtout le regard de l’un des invités de son père.   Cette femme est toute faite de sentiments retenus et de raison mesurée finalement. Cette femme est sans doute une héroïne, comme le dit son fils – le narrateur –, une de ses héroïnes ordinaires qui font notre vie à tous. Une héroïne à laquelle Le Clezio réserve malheureusement un triste sort, en l’exilant au Canada trop jeune, à la fin de son récit. Mais c’est peut-être ça qui fait de cette femme qui a connu tout trop tôt, une héroïne ordinaire, une de celles qui ont vaincu la faim et ont eu la soif de vivre, tout simplement. 

 Claire.  PS: L’un des intérêts tout particulier de ce livre, au-delà du récit et du sort de cette femme aux relations mystérieuses avec son entourage, est la retranscription par la petite fille qu’elle était des conversations de salon qu’elle entendait chez son père, dans la bourgeoisie française de la fin des années 1930… Un véritable délice. Rien que pour cela, foncez! 




Madame Sagan par Geneviève Moll – Une garde du coeur…

10012009

madamesagan.jpg

« A travers son œuvre, c’est un portrait d’elle qui se dessine en pied, d’une infinie subtilité. » C’est sur cette idée que Geneviève Moll a construit la biographie qu’elle consacre à une des ses idoles, Françoise Quoirez, dite Sagan.

Ainsi a-t-elle pris le soin, par un récit chronologique, au fil de ses œuvres, de retracer la vie de Françoise Sagan. Après tout, cela est peut-être la meilleure option lorsque l’on s’attaque à la biographie d’un auteur, de parler de ses livres ? Peut-être… Mais très vite, l’on se lasse de cette succession de résumés, cette succession de quatrièmes de couvertures qui arpente l’ouvrage. Surtout que la plupart du temps, la biographe s’est efforcée de nous démontrer à quel point les personnages des romans ressemblaient à Sagan et parlaient pour Sagan. Là est selon moi la limite de la méthode choisie par Geneviève Moll, qui nous emmène parfois sur des lieux communs et des clichés d’analyse littéraire.

Mais je suis sévère ! Alors même que j’ai lu assez rapidement cet ouvrage qui m’a vraiment intéressé… J’ai adoré apprendre autant sur un personnage dont j’ignorais au final presque tout. J’ai aimé la tendresse mise par Geneviève Moll dans ces pages. Mais en écrivant cette chronique, je me sens comme restant sur ma faim. Je suis envieux d’un portrait littéraire de Sagan, et non d’une seule biographie. J’aurais envie par exemple d’une écriture suggestive, une écriture toute en timidité, à l’image du personnage Sagan. Une évocation, plus qu’une biographie traditionnelle…

Peut-être existe-t-elle ? Si vous l’avez trouvée, n’hésitez pas à me l’indiquer.

Jean-Baptiste.







RURALIVRES |
Arcade |
valentine63 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le portrait de la femme en ...
| Lire, Voir, Ecouter...
| mespetitsmotspourtoi