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Le premier principe Le second principe, par Serge Bramly – Un roman d’Etat ! Un roman d’été ?

11022009

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La quatrième de couverture de ce roman qui a obtenu le Prix Interallié 2008 nous prévient : toute l’œuvre romanesque de l’auteur « est traversée par les thèmes de l’irréalité, de la mystification ». Et en effet, le lecteur en a pour son argent : la musique du complot est omniprésente dans l’intrigue.

Il faut dire qu’il s’agit là de ce que j’appelle un « roman d’Etat » : l’histoire nous emmène à l’Elysée, à Bercy, dans les locaux de nos services très secrets, sur certaines terres de la Françafrique… Toute la panoplie de l’affaire d’Etat est au rendez-vous.

Et le livre produit son effet : les 614 pages se tournent à grande vitesse. On est tenu en haleine du début jusqu’à la fin, désireux d’en connaître toujours plus. Notre « besoin d’en connaître » – expression employée à plusieurs reprises dans la bouche de notre personnage agent secret – s’accroît à chaque chapitre.

Pour autant, si cet ouvrage est un roman très agréable à lire, est-il un grand livre ? Je trouve en tout cas que sa construction est assez remarquable, structurée qu’elle est au rythme de l’un des deux principes énoncés dans le titre, à savoir selon moi le second : « Connaissez-vous le second principe de la Thermodynamique ? Nul besoin d’avoir fait les Grandes Ecoles pour comprendre ce théorème fondamental, car applicable aux domaines les plus divers. Il est d’une simplicité désarmante. L’entropie d’un système fermé, dit-il, ne peut que croître. En d’autres termes : le désordre va en grandissant, un vase finit toujours par se briser, et lorsqu’il est cassé en deux, il se cassera en huit, puis en vingt morceaux, les choses se compliquent sans cesse, on ne rembobine pas la pellicule du réel. » 

A plusieurs reprises, j’en suis venu à me dire que ce livre aurait pu être le polar de l’été. D’ailleurs, j’ai parfois ressenti le même plaisir qu’au moment de la lecture de Mourir sur Seine – ce polar que j’avais dégusté au mois d’août dernier (Cf. chronique de Claire sur ce même livre). Est-ce un signe ? Le signe que ce n’est certes pas le livre du siècle, mais que c’est sans aucun doute un livre agréable à lire. Et c’est peut-être bien là l’essentiel…

Jean-Baptiste.




La vie d’un homme inconnu par Andreï Makine – Ecrivain russe de très belle langue française… et d’une Russie qui n’existe plus.

6022009

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J’ai rencontré Makine et ses œuvres voilà plus de deux ans maintenant. Sous le charme, j’étais devenue la « femme qui attendait » un nouveau roman. Pas un essai non : Cette France qu’on oublie d’aimer paru en 2007 ne m’avait pas séduite. Mais un roman, terrain sur lequel Makine excelle véritablement.

Et il ne m’a pas déçu ! J’ai retrouvé son style, précis, concis dès les premières pages de cette nouvelle œuvre. Avec, dans l’écriture, quelques changements tout de même : un ton plus sarcastique et du recul davantage dans le regard porté sur les personnages. Ainsi Choutov, « ce clown triste » dont il fait son anti héros ou encore Léa sont-ils parfois traités sans concession. Léa, la jeune femme qui vit avec l’écrivain – raté – et l’exilé russe qu’est Choutov sert à dénoncer le monde actuel, un monde fait de sentiments sans grandeur et de vaste cirque consumériste. Elle a une alter ego, russe, Iana qui sert à dénoncer la Russie actuelle. Choutov, lui, est la véritable arme du narrateur, celui qui – tout à la fois – incarne et voit la déchéance – la sienne en France, puis celle des russes lorsqu’il retourne dans le pays après un long exil.

Makine prend ses distances mais joue aussi avec son antihéros, ce Choutov dont il est parfois très proche, exprimant les mots, les pensées de son personnage dans des parenthèses qui animent le récit.

Il y a ainsi une ambivalence dans le regard de Makine et donc de son lecteur sur ce Choutov. Une ambivalence dans l’écriture et donc dans la forme mais aussi dans le fond. En effet, Choutov nous apparaît d’abord comme un écrivain raté, un russe exilé en France, un artiste marginal. Tous les clichés sont là : il vit dans un grenier, il se bat avec ses éditeurs, il est dans un drame amoureux… Et pourtant, au-delà de ces clichés qui le rendent mal aimable, il y a chez lui cette âme russe qui tient pour l’essentiel à une vraie poésie. « Je vous aime Nadenska… » : telle est la phrase de Ttchékov que Makine aime à lui faire répéter : elle est le refrain du roman. Makine qui en profite ici pour dire son amour de Tchékov et de la « Grande Russie » : c’est là le ton de tous ces romans qui reposent sur une nostalgie profonde, romantique.Une nostalgie sans doute dangereuse mais toute en beauté sous sa plume.

Le roman n’est pas la simple description du retour de l’exilé en Russie. Cette Russie de Poutine – quin’est qu’un pastiche de l’Occident et qui y perd son identité – est  douloureuse certes pour Choutov. Mais elle l’est plus encore pour ce vieil homme qu’il rencontre chez Iana, l’ancienne amie russe devenue dirigeante à l’occidentale d’un grand groupe hôtelier.

Le vieil homme dérange. Il est le symbole à lui seul de l’évolution de la Russie. Il raconte son histoire, l’Histoire. La faim lors du blocus de Leningrad, les blessures sur le front lors de la seconde guerre mondiale, Berlin, la joie de la victoire ou plutôt de la fin de la guerre, la maltraitance sous le stalinisme et les camps, le bonheur de transmettre la passion de l’art aux enfants, malgré tout…Puis la vieillesse dans un appartement communautaire, le refus de parler… Tout cela rythmé par l’amour de Mila, Mila disparue trop tôt certes – dix ans de travaux  forcés sans correspondance – mais Mila qu’il fait vivre tous les jours, par un simple regard vers le ciel. Lui pourrait la prononcer cette phrase : « Je vous aime Nadenska… »

Volski raconte sa vie à Choutov. Celui-ci, malgré toutes les douleurs exprimées, se retrouve dans le discours du vieillard : il ne se sent chez lui ni dans cette Russie d’aujourd’hui, ni dans la France où il vit. Il est chez lui dans cette époque, celle que raconte Volski ou plutôt dans des actes, ceux que décrit Volski.

Cet homme inconnu lui offre par son récit la possibilité d’une « vie après ». Une vie après qui est à construire encore dans le regret d’un monde d’avant, ce monde où on lisait des poètes, des grands ; ce monde où la Russie avait une identité, une vraie.

Makine livre ici une œuvre sensible et belle tout simplement. Belle ou bien atroce car la déchéance de Choutov est réelle, tout comme celle de Volski: l’un est amertume et nostalgie, l’autre est Histoire et douleur. A travers les vies de ces deux hommes, Makine exprime encore une fois son malaise face à une Russie qu’il ne reconnaît pas dans une langue française qu’il connaît et maîtrise de façon incroyable. La perspective offerte par l’enchâssement des deux vies, celle de Choutov puis celle de Volski est merveilleuse. L’émotion est encore une fois à fleur de pages. Du Makine, superbe !







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