Ménage à quatre, par Manuel Vasquez Montalban – un trésor noir !

13012009

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Il est des touts petits livres qui sont de vrais trésors ; celui-ci en fait partie.

Pour être sincère avec vous, je pensais en l’achetant tomber sur une des aventures du célèbre détective Pepe Carvalho, le personnage fétiche de Montalban. Mais non, au bout de quelques pages, j’avais la triste confirmation que l’enquêteur se nommait Davila. Tant pis, ce n’est que partie remise…

Ménage à quatre est un livre absolument fascinant. L’histoire d’un quatuor, de deux couples bourgeois qui vivent sous la dépendance l’un de l’autre et qui placent leurs vies sous l’œil arbitre d’un cinquième personnage de dix ans leur aîné. Je n’entre pas plus dans les détails de l’intrigue, mais il y a évidemment un meurtre : le corps de la belle Carlota est retrouvé flottant dans un étang et l’autopsie révèle qu’elle était enceinte.

L’histoire de 90 pages est passionnante, se lit en une heure. Et l’écriture est captivante ! Quelle richesse de vocabulaire ! Quelle noirceur ! Quelle férocité ! Quelle méchanceté ! Quelle lucidité ! Quel humour ! Quelle érudition aussi, sans jamais être prétentieuse ! Et surtout, quel plaisir pour le lecteur !

Le portrait ravageur du personnage de Pepa, l’une des membres de ce quatuor, me semble illustrer tout cela : « Il fallait avoir une rétine exercée pour détecter le demi-centimètre de panicule adipeux qui était partout en trop, d’abord sur ce visage sans contrastes, ensuite sur ce corps caoutchouteux, qui semblait avoir été dessiné par Huxley, avec un morceau de chair humaine réchappé du Meilleur des mondes.  En dépit de ses formes sculpturales conventionnelles, ses hanches détonaient, trop rondes sur le haut, prêtes, semblait-il, à recevoir les anses d’une jarre. Et, lorsqu’elle se déplaçait, son corps bougeait trop et avec trop de sensualité, bien qu’elle s’efforçât d’avoir une démarche d’homme afin de dissimuler le balancement de ses chairs obscènes. Si, au début, je m’étais demandé ce que Modolell avait bien pu lui trouver, je découvris peu après avoir fait leur connaissance, que Pepa le sauvait de lui-même. En effet, il se réfugiait en elle comme dans un nuage de sexe, afin de ne pas voir qu’il flottait dans le vide. »

Je ne sais pas vous, mais moi j’adore…  

Jean-Baptiste




Ritournelle de la faim par JMG Le Clézio: ou comment ne pas savoir en finir avec une histoire passionnante… A lire tout de même.

12012009

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C’est l’histoire d’une enfant, d’une jeune fille, d’une femme qui grandit dans la France des années 1930, 1940. L’histoire d’une jeune fille qui n’ose pas se plaindre au nom d’un « il y a toujours pire que moi ». Une jeune fille qui apprend la vie trop vite, à travers la mort d’un grand-oncle, la ruine de son père, puis la mort de son père; mais aussi à travers le regard d’une immigrée russe, les regards des invités dans le salon de son père, et surtout le regard de l’un des invités de son père.   Cette femme est toute faite de sentiments retenus et de raison mesurée finalement. Cette femme est sans doute une héroïne, comme le dit son fils – le narrateur –, une de ses héroïnes ordinaires qui font notre vie à tous. Une héroïne à laquelle Le Clezio réserve malheureusement un triste sort, en l’exilant au Canada trop jeune, à la fin de son récit. Mais c’est peut-être ça qui fait de cette femme qui a connu tout trop tôt, une héroïne ordinaire, une de celles qui ont vaincu la faim et ont eu la soif de vivre, tout simplement. 

 Claire.  PS: L’un des intérêts tout particulier de ce livre, au-delà du récit et du sort de cette femme aux relations mystérieuses avec son entourage, est la retranscription par la petite fille qu’elle était des conversations de salon qu’elle entendait chez son père, dans la bourgeoisie française de la fin des années 1930… Un véritable délice. Rien que pour cela, foncez! 




Madame Sagan par Geneviève Moll – Une garde du coeur…

10012009

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« A travers son œuvre, c’est un portrait d’elle qui se dessine en pied, d’une infinie subtilité. » C’est sur cette idée que Geneviève Moll a construit la biographie qu’elle consacre à une des ses idoles, Françoise Quoirez, dite Sagan.

Ainsi a-t-elle pris le soin, par un récit chronologique, au fil de ses œuvres, de retracer la vie de Françoise Sagan. Après tout, cela est peut-être la meilleure option lorsque l’on s’attaque à la biographie d’un auteur, de parler de ses livres ? Peut-être… Mais très vite, l’on se lasse de cette succession de résumés, cette succession de quatrièmes de couvertures qui arpente l’ouvrage. Surtout que la plupart du temps, la biographe s’est efforcée de nous démontrer à quel point les personnages des romans ressemblaient à Sagan et parlaient pour Sagan. Là est selon moi la limite de la méthode choisie par Geneviève Moll, qui nous emmène parfois sur des lieux communs et des clichés d’analyse littéraire.

Mais je suis sévère ! Alors même que j’ai lu assez rapidement cet ouvrage qui m’a vraiment intéressé… J’ai adoré apprendre autant sur un personnage dont j’ignorais au final presque tout. J’ai aimé la tendresse mise par Geneviève Moll dans ces pages. Mais en écrivant cette chronique, je me sens comme restant sur ma faim. Je suis envieux d’un portrait littéraire de Sagan, et non d’une seule biographie. J’aurais envie par exemple d’une écriture suggestive, une écriture toute en timidité, à l’image du personnage Sagan. Une évocation, plus qu’une biographie traditionnelle…

Peut-être existe-t-elle ? Si vous l’avez trouvée, n’hésitez pas à me l’indiquer.

Jean-Baptiste.




Syngué sabour, Pierre de patience par Atiq Rahimi – une patience récompensée…

3012009

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Il n’y a pas si longtemps, je racontais comment les livres couronnés de prix faisaient l’objet de cadeaux à l’occasion des fêtes de fin d’année. Et je me moquais de cet état de fait qui conduisait – jusqu’à présent – à ce que je reçoive, à chaque Noël, le prix Goncourt annuel, quelle que fût sa qualité.

Suite à cet article un peu moqueur, je m’attendais à déjouer ce sort et donc à ne pas recevoir Syngue sabour. J’avoue que si j’ai plus ou moins déjoué le sort – puisque ce ne sont pas les personnes « habituelles » qui me l’ont offert – j’étais très heureuse de recevoir ce Goncourt! Aussi sceptique ai-je pu être au moment du couronnement de ce roman d’Atiq Rahimi, j’ai réellement adoré ce roman.

Il faut dire que Syngue sabour est un véritable moment de bonheur. Atiq Rahimi tient un sujet à la Le Clezio, et l’écrit avec la concision, la précision d’un Makine. Il n’est pas français mais manie à merveille la langue de Molière. Il dépasse Makine – que j’idolâtre pourtant dans le style – par la poésie de sa prose !

Cette poésie est d’autant plus forte que le sujet est magnifique, actuel, cruel mais magnifique.

« La femme » est afghane. Elle est mariée depuis 10 ans à un homme qui n’était pas là le jour de leur mariage, un « héros » avec lequel elle aura vécu en tout trois années. Ce « héros » est un combattant, un guerrier. De quel camp ? Après tout peu importe. C’est la femme qui nous captive !

« La femme » veille désormais sur le mari alors que la guerre sévit. Il a une balle dans la nuque et ne se relèvera sans doute jamais. Mais il respire. Il souffle. Elle vit suspendue à ses souffles. Et elle est bien la seule car tous ont abandonné le guerrier. Tout aurait sans doute été plus simple pour elle s’il était simplement mort. Mais il vit. Et dans ce silence qui les entoure, il devient malgré lui, dans son état de mort cérébral, son confident à elle, sa pierre de patience à elle, elle qu’il n’a jamais écoutée, jamais regardée, jamais estimée.

Et l’on en apprend beaucoup sur sa vie à elle, sa vie qui n’est que satisfaction des besoins de l’homme, au mépris de tout bonheur. N’aurait-elle pas le droit de sourire ? de vivre ? Mais qu’attend-il donc cet homme pour mourir ?

Claire.




Un Tours à la morgue par Claude Croubois – Glauque…

30122008

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Je n’avais jamais lu un roman policier condensant autant de péripéties invraisemblables… Il vous suffit de lire les titres de la vingtaine de chapitres que compte ce roman (276 pages chez Le Geste noir) pour avoir un aperçu du rythme de ce policier. A vrai dire, cet acharnement n’est pas toujours de très bon goût. Le bon goût n’est pas non plus au rendez-vous quand notre auteur s’évertue à écrire des pages et des pages de dialogues très crus, véritablement grossiers. Peut-être ses personnages le sont-ils – grossiers – mais je ne crois pas que le récit y gagne.

 

Et pourtant, l’auteur tient les ficelles d’un excellent polar. Il mène assez bien une intrigue où se croisent des personnages assez détestables tant par leur intérêt pour la mort ou la thanatopraxie, que par leurs agissements puisque nous avons à faire ici à un nécrophile que la police tarde à démasquer…

 

Malgré tous les défauts – essentiellement de rédaction – que j’ai pu trouver à ce livre,  je ne peux m’empêcher de penser que l’apparente lourdeur de cet auteur est sans doute parfois volontaire : elle est un premier prétexte au rire et sert de support au ridicule de certains personnages de ce roman, décidemment trop attendu. C’est à se demander si Claude Croubois ne se livre pas là à un pastiche du traitement journalistique de l’information. Allez savoir !

 

En tout cas, ce roman aussi ambigu soit-il – qu’on le pense mauvais polar ou excellent pastiche – se laisse lire !

 

Claire.







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